As Variedades de Proteu - António José da Silva (dit O Judeu)

As Variedades de Proteu

António José da Silva (dit O Judeu) | 1737 | Lisbonne, Portugal
Genre (indiqué par l’auteur)
Ópera
Personnages
Cirene, Dórida, Proteu, Nereu, Ponto, Políbio, Maresia, Caranguejo
Nombre d’actes
3
Notice

As Variedades de Proteu (Les Métamorphoses de Protée) est représenté en mai 1737 au théâtre du Bairro Alto, sur une musique d’Antόnio Teixeira. Da Silva y poursuit l’exploration de figures mythologiques empruntées au répertoire antique : la divinité marine, célèbre pour son don de prophétie et son pouvoir de métamorphose, est présente chez Virgile et Ovide. Elle a inspiré à Charles-Hubert Gervais et Joseph de La Font l'opéra Les Amours de Protée qui connaît un grand succès en 1720 et donne lieu à de nombreuses reprises tout au long de la première moitié du siècle.

L’œuvre de da Silva repose sur un paradoxe : la fermeté amoureuse de Proteu, figure même de l’inconstance. Le dramaturge compose ici une féerie à multiples tableaux, mettant en jeu une machinerie baroque à tous les niveaux (décors, personnages, etc.) pour faire advenir la merveille sur scène. Pour ses deux dernières pièces, As Variedades de Proteu et Precipício de Faetonte, da Silva abandonne la construction en deux parties au profit d'une forme en trois actes. La musique de Teixeira (la seule qui ait été conservée) est d’une grande variété de tonalités et de formes : la pièce comporte vingt-trois moments musicaux, dont de très nombreux arias alternant menuets chantés, chansons ou sonates, pizzicati d’orchestre, etc.

L’intrigue met aux prises deux couples d’amants qui se croisent, complétés d’un couple de serviteurs qui constitue leur contre-point burlesque. Le personnage de Proteu offre des virtualités merveilleuses: il se change en élément de décor (une montagne), mais aussi en objets (vase de fleurs, horloge) et va jusqu’à usurper, dans son insolence, l’identité du Roi. De son côté, le gracioso (valet comique) Caranguejo est doté, comme son maître, d’un pouvoir métamorphique, qui le fait se transformer selon une modalité plus burlesque en porc, en chaise ou en vase de fleurs.

Outre l’intrigue croisée, la pièce comporte une série de thèmes baroques comme la dissimulation d’identité, la fausse scène de folie, le coup mal dirigé ou le double mariage, dans une atmosphère pastorale prompte à se changer en chasse cauchemardesque. Caranguejo, qui manie le latin macaronique et l’exégèse allégorique burlesque, fait une allusîon métathéâtrale aux marionnettes (bonifrates) du théâtre du Bairro Alto lorsqu’il commente l’échange opposant Proteu à son frère Nereu : « Quando fratres sunt boni, sunt bonifrates ».

As Variedades de Proteu a été joué au Teatro Avenida de Buenos Aires en 2006 dans une production de Carlos Almeida et dans la mise en scène de Tito Loréfice. Il a été enregistré sous la direction musicale de Stephen Bull.

Résumé

Un prince promis à une princesse en aime une autre

Le Roi Ponto prépare le mariage de ses fils : Proteu épousera Dórida, Princesse d’Egnido, et Nereu épousera Cirene que son père Políbio fait passer pour la Princesse de Beócia. Proteu se lamente, car il aime Cirene. Il tente de persuader son père d’échanger l’ordre des mariages. Nereu, lui, se réjouit d’épouser une princesse de sang royal ; il ne parvient pas à aimer Cirene pour sa beauté, ce qu'elle lui reproche. Caranguejo, qui se présente comme un ministre de Vénus, tente de convaincre Maresia de l’épouser ; elle refuse, ayant fait vœu de chasteté à Diane. Lors d’une chasse royale, Cirene réclame au Roi l’annulation de son mariage ; Dórida, quant à elle, trouve Proteu bien peu empressé. Maresia est attaquée par un cochon sauvage qui n’est autre que Caranguejo : il reprend son apparence humaine pour l’embrasser. Cirene s’assoupit dans une montagne fleurie, qui se révèle l’une des formes de Proteu : lorsque le jeune prince reprend sa première apparence, Cirene se retrouve dans ses bras.

Le Roi décide d’abréger le délai du double mariage pour calmer les plaintes des deux princesses. Cirene demande à Nereu de l’aimer pour elle-même et non pour sa lignée, ce qu’il ne peut envisager ; Proteu, lui, souhaiterait qu’elle ne soit pas princesse pour pouvoir l’aimer librement. Elle révèle à son père Políbio l’amour que lui porte Proteu et lui démontre que la tromperie ne peut aboutir à un mariage heureux avec Nereu. Políbio refuse de modifier ses projets. Maresia, assise sur une chaise qui n’est autre que Caranguejo, se retrouve dans les bras du serviteur. Cirene contemple une horloge en laquelle s’est changé Proteu afin de pouvoir lui déclarer son amour. Alors qu’elle s’apprêtait à révéler qu'elle n'est pas princesse, elle est interrompue par son père ; Proteu et Políbio s’affrontent. Cirene s'interpose et elle est blessée par Proteu qui, désespéré, tente de se tuer. Políbio lui confisque le poignard et se trouve accusé de tentative de meurtre.

Cirene réclame la liberté pour Políbio, mais le Roi fait dépendre sa décision de l’accord de Nereu. Proteu, changé en vase de fleurs, décide de mourir pour donner satisfaction à Cirene. Malgré ses demandes, Nereu refuse d’intercéder en faveur de Políbio. Maresia prépare des fleurs, forme sous laquelle se trouvait Caranguejo qui la supplie de l’épouser. Alors que Nereu fait conduire Políbio au temple d’Astreia pour lui ôter la vie, Proteu arrive en armes pour libérer le prisonnier. Les frères se battent, Proteu est fait prisonnier sur ordre du Roi, mais il se change en Roi lui-même. Au temple où les sacrifices doivent avoir lieu, Cirene révèle sa véritable identité. Nereu récuse le mariage qui devait les unir et Proteu demande la main de Cirene. La pièce se termine par le triple mariage de Nereu avec Dórida, Proteu avec Cirene et Caranguejo avec Maresia.

Œuvres corrélées
Georgica, Virgile (Publius Vergilius Maro)37-30 av. J.-C.
Metamorphoseon Libri, Ovide (Publius Ovidius, dit Naso)1er siècle après J.-C.
Date d’écriture
1737

Première représentation

Lisbonne, Portugal, Mai 1737 -

Theatro do Bairro Alto

Éditions et traductions

Édition

Theatro comico português, vol. II, Lisboa, Francisco Luis Almeno, 1744

Édition moderne

António José da Silva (O Judeu), Obras completas, vol. IV. Lisboa: Livraria Sá da Costa, 1957

Langue
Portugais
Registres littéraires
Merveilleux, Pastoral, Lyrique, Burlesque
Techniques d’animation
Grande marionnette
Public visé
Non spécifié
Licence
Domaine public

Mots-clés

Procédés théâtraux

Permalien

Rédaction de la notice

Marie Saint Martin