
Imprimé
16 pages
La Grand'Main
Publiée en 1862 par Duranty dans son édition du Théâtre de marionnettes du Jardin des Tuileries, La Grand’main a probablement été jouée avec les marionnettes à gaine sculptées par l'auteur et dans le castelet qu'il avait lui-même conçu. La pièce repose sur une situation initiale simple, caractéristique du théâtre de marionnette à gaine : Polichinelle, affamé, vole le vin et le jambon d'un autre personnage. Cependant, l'histoire prend une tournure fantastique avec l'apparition d'une main géante de couleur rouge, venue corriger Polichinelle pour ses méfaits. Les nombreuses didascalies de la pièce restituent la précision de la partition de jeu imaginée par Duranty et témoignent de la virtuosité dont doivent faire preuve les interprètes. Les routines traditionnelles du jeu avec la gaine (et donc les gags) s'enchaînent sur un tempo soutenu. L'action se résume à la confrontation de Polichinelle avec la main gauche du marionnettiste (peut-être peinte en rouge, peut-être gantée), puis avec sa main droite, et même le nez du manipulateur est de la partie. Duranty introduit ici deux innovations importantes dans l'art de la marionnette. La disparition de la marionnette au profit de la main humaine, tantôt agissant seule, tantôt manipulant des accessoires (un pâté, un sac en papier, une serviette, une fourche...) préfigure le renouveau apporté par les marionnettistes du 20e siècle (le russe Sergueï Obraztsov, le français Yves Joly) qui souhaitaient ramener la marionnette à son épure. L'intrusion du nez du marionnettiste dans le spectacle, quant à elle, annonce peut-être la sortie du castelet et la mise en jeu du corps à vue, deux caractéristiques de la marionnette contemporaine.
Le méchant puni
Affamé, Polichinelle vole le pique-nique d’un sorcier, jure qu'il est innocent ("Que la main du diable me serre le nez si je mens!") et rosse son accusateur. Le prenant au mot, le sorcier punit Polichinelle en faisant apparaître, grâce à une formule magique, une grande main rouge (la main droite du marionnettiste). Polichinelle lutte vainement contre cette Main géante qui lui joue de mauvais tours, qui le met au coin et l'affuble d'un bonnet d'âne, qui s'associe au Nez du manipulateur pour lui faire un pied de nez et qui lui administre de cuisantes corrections. Afin de lui échapper, Polichinelle s'introduit par ruse dans la maison d’une vieille femme, laquelle se retrouve à la porte de chez elle. Pour le débusquer, la Main le piège avec un pâté odorant. Polichinelle tombe dans le piège et perd le combat contre la Main. En désespoir de cause, Polichinelle va chercher un tranchoir et coupe la Grand'Main. Mais une seconde Main (la Main gauche du Marionnettiste, cette fois) apparaît à son tour pour tourmenter et humilier de plus belle Polichinelle. Celui-ci s'avoue vaincu et se repend. Mais sitôt que le sorcier a fait disparaître la Main, Polichinelle le tue. Récitant à son tour la formule magique, Polichinelle tente de faire réapparaître la Main pour s'en servir contre Pierrot. La Grand'Main revient, mais armée d'une fourche, et elle emporte Polichinelle après une courte lutte.
Première représentation
Théâtre de marionnettes du jardin des Tuileries
Éditions et traductions
Duranty, Théâtre des marionnettes du jardin des Tuileries, texte et
composition des dessins par M. Duranty. Paris : MM. Dubuisson et Cie, Editeurs-Libraires, 1862.
Louis Edmond Duranty, Théâtre des marionnettes. Arles: Actes Sud, 1995.